Connaissances, habiletés et attitudes requises pour mettre en application les compétences

La pensée stratégique et le sens politique

La responsabilité populationnelle va de pair avec une conception multidimensionnelle de la santé de la population. Elle demande donc aux gestionnaires d’être en mesure d’analyser des situations complexes en prenant en compte de multiples facteurs. Elle exige aussi de prendre en considération les intérêts et les préoccupations de plusieurs acteurs œuvrant dans différents secteurs d’activités. Les gestionnaires doivent aussi connaître les différentes politiques et procédures associées aux secteurs d’activités avec lesquels ils collaboreront. Par conséquent, ils doivent être en mesure d’analyser l’environnement de leur CSSS, tant interne qu’externe. Ils doivent aussi comprendre les enjeux politiques, tant au sein de leur organisation que sur le territoire du CSSS. Une pensée stratégique suppose aussi une capacité de développer des solutions novatrices et une vision à long terme des actions à entreprendre. En plus d’une pensée stratégique, les gestionnaires doivent être dotés d’un sens politique pour agir sur leur environnement et faire preuve d’influence stratégique.

Le leadership mobilisateur et la communication

Assurer la responsabilité populationnelle sur un territoire relève d’un exercice collectif qui requiert la participation active et engagée d’un très grand nombre d’acteurs. Les gestionnaires doivent donc faire preuve de leadership tant en ce qui a trait à la transmission de la vision de la responsabilité populationnelle qu’à la mobilisation des forces nécessaires à son exercice. Ils sont appelés à soutenir le développement d’une vision commune et l’articulation des interventions collectives, et ce, au sein de l’organisation et avec les partenaires du territoire. Il leur revient donc de jouer un rôle de leader et de stimuler la mobilisation de l'expertise et la créativité, en s’assurant d'obtenir un consensus entre les acteurs. Pour ce faire, il apparaît essentiel que les gestionnaires développent des capacités de communication permettant de bien départager les rôles et responsabilités de chacun, de soutenir l’effort et de maintenir l’élan.

La connaissance de l'état de santé de la population, de ses déterminants et de l'approche populationnelle

Puisque la responsabilité populationnelle vise l’amélioration de la santé de la population, les gestionnaires doivent connaître les besoins de cette dernière, et ce, qu’il s’agisse de besoins exprimés ou non. Des portraits populationnels fournis, notamment, par les directions régionales de santé publique permettent de connaître les caractéristiques sociodémographiques de la population ainsi que leur utilisation des services de santé et services sociaux. Pour savoir interpréter ces données (quantitatives et qualitatives), les gestionnaires, en particulier ceux œuvrant en santé publique, doivent posséder des notions en épidémiologie, en sociologie et anthropologie, ce qui les aidera à décrire les enjeux de santé et de bien-être du territoire et à conceptualiser, planifier et évaluer l’intervention. Dans ce contexte, c’est le partage des connaissances avec les acteurs terrain qui permettra de mieux cerner les besoins de la population. Une fois ces besoins identifiés, les gestionnaires doivent pouvoir utiliser les méthodes permettant de déterminer les priorités selon le point de vue des différents acteurs impliqués dans la démarche.

La perspective éthique

L’exercice de la responsabilité populationnelle est traversé de différentes considérations scientifiques, stratégiques et éthiques. Ces dernières ne sont pas isolées des autres. À différentes étapes de l’exercice de la responsabilité populationnelle, l’intégration d’une perspective éthique permet d’identifier les valeurs et les normes en présence et les tensions qui s’y exercent. Voici quelques exemples de préoccupations éthiques : la finalité d’amélioration de la santé du plus grand nombre et celle de la réduction des inégalités sociales quand vient le moment de déterminer la population cible des interventions et d’allouer des ressources; la mise en place d’interventions qui exacerberaient un risque de stigmatisation de groupes déjà désavantagés; la concertation avec des communautés ou des organismes qui ont des valeurs différentes, possiblement conflictuelles, etc. La clarification des valeurs et la recherche de la meilleure décision possible, celle qui soit aussi justifiable et acceptable, permet de maintenir la confiance de la population et des partenaires. Elle contribue à une lecture plus complète des contextes et peut faciliter l’engagement en faveur de projets communs, pour l’ensemble de la population desservie.

L'innovation et la gestion du changement

La responsabilité populationnelle constitue une nouvelle manière de concevoir la planification et la prestation des interventions de santé et de bien-être. Elle demande de tenir compte de l’ensemble des besoins de la population d’un territoire et conduit à des changements significatifs dans les pratiques d’intervention et de gestion : nouvelle division des tâches, nouveaux rôles, nouvelles procédures de coordination et de collaboration, nouveaux mécanismes de création de sens collectif, etc. Son actualisation demande aux CSSS et à leurs réseaux de partenaires de s’inscrire dans des démarches d’apprentissage, de développement de compétences, d’innovations et de changements. Des habiletés en gestion du changement et en soutien des capacités d’innovation apparaissent donc nécessaires pour que la responsabilité populationnelle se réalise et devienne irréversible. Ainsi, les gestionnaires doivent être en mesure de planifier et d’implanter un changement en tenant compte du contexte général dans lequel il s’inscrit et du contexte particulier dans lequel il sera réalisé. Ils doivent aussi être en mesure de maintenir le cap sur les objectifs du changement, tout en ajustant les projets en fonction de l’apport du personnel et des partenaires, tout en tenant compte des forces d’inertie et de changement au sein de l’organisation et des réseaux de partenaires. Enfin, ils doivent être en mesure de soutenir le développement d’innovations et de compétences et de communiquer l’évolution du changement et les progrès réalisés.

La gestion de projets

La mise en place de projets visant à répondre aux besoins de la population permet de concrétiser l’exercice de la responsabilité populationnelle à partir d’expériences circonscrites. En outre, la gestion de projet en mode matricielle favorise le partage de connaissances et de compétences entre les unités ainsi que les collaborations interprofessionnelles requises pour exercer la responsabilité populationnelle.

Le développement des communautés, le partenariat et la coordination des réseaux

La santé de la population étant influencée par de multiples déterminants, la collaboration du CSSS avec des acteurs d’autres secteurs d’activités (emploi, éducation, municipal, etc.) apparaît incontournable pour relever le défi de la responsabilité populationnelle. Le soutien au développement des communautés se présente comme une stratégie d’amélioration de la santé et du bien-être qui favorise le développement des capacités (empowerment) des communautés et des personnes. Comme inscrit dans la loi, les CSSS ont aussi la responsabilité d’animer et de coordonner les réseaux locaux de services pour améliorer l’accessibilité, la continuité et la qualité des services de santé et de bien-être. Les gestionnaires des CSSS doivent donc mettre en place et assurer la gestion des mécanismes de collaboration impliquant différents partenaires. En outre, ils ont à assurer un lien et une cohérence entre les actions de ces réseaux locaux de services et les actions partenariales et de développement des communautés menées sur le territoire. Enfin, les cadres ayant à gérer des services cliniques doivent aussi être en mesure de coordonner des interventions effectuées en mode réseau. Les gestionnaires doivent donc être à même de développer et de gérer des partenariats intersectoriels, soucieux d’une intervention respectueuse des principes de base en développement des communautés. En ce sens, les CSSS outilleront les intervenants et les gestionnaires engagés auprès des communautés et travaillant avec les acteurs de la communauté pour : promouvoir l’adoption de mesures favorisant l’amélioration de la santé et du bien-être; développer des stratégies fondées sur la participation active des populations; encourager les collaborations interorganisationnelles et l’engagement des acteurs des autres secteurs; élaborer une offre de soins et de services en fonction du portrait des besoins de l’ensemble de la population, et ce, tout en portant une attention particulière aux besoins des communautés les plus vulnérables qui la composent.

L'évaluation de la performance

L’évaluation de la performance doit se réaliser à toutes les étapes de l’exercice de la responsabilité populationnelle afin de pouvoir ajuster les actions sur une base continue. Lors de la planification des changements à apporter à l’offre de services, les acteurs doivent connaître la performance des services actuellement offerts sur le territoire et identifier des indicateurs de résultats, de processus et d’effets collatéraux.

La gestion de la complexité

L’exercice de la responsabilité populationnelle est considéré par les gestionnaires du CSSS comme une tâche complexe. En effet, il exige de tenir compte de différentes perspectives ou orientations pouvant parfois être conflictuelles. Assumer cette responsabilité exige une capacité à articuler les actions de plusieurs acteurs de manière fluide et continue. Ceci conduit bien souvent à la mise en place de nouvelles manières d’offrir les services à la population qui demande aux gestionnaires de sortir de leurs zones de confort et de gérer l’incertitude. Par ailleurs, l’un des plus grands défis associés à cet exercice est d’adapter l’offre de services tout en continuant de répondre aux besoins de la clientèle. Si l’acquisition des savoirs et des savoir-faire décrits précédemment permettra de mieux outiller les gestionnaires à faire face à cette complexité, des habilités spécifiques à la gestion de situations complexes permettraient de faciliter l’orchestration de l’ensemble des actions à accomplir dans cet exercice.

La gestion des savoirs et des compétences

L’exercice de la responsabilité populationnelle des CSSS appelle à de grandes transformations dans les environnements et les processus de travail : collaborations intersectorielles, transversalité, interdisciplinarité, innovation, évaluation, performance, etc. De plus, la complexification des mandats à réaliser requiert de la part des individus et des équipes une meilleure capacité à gérer des projets multidimensionnels et à canaliser les forces et les points de vue vers une réponse territoriale aux besoins. Les gestionnaires doivent donc être en mesure d’apprécier et de développer le capital de compétences de l’organisation, en tenant compte du potentiel de compétences individuelles et collectives, au sein des équipes de travail, mais aussi de façon transversale au sein de l’établissement et du territoire. De plus, afin de soutenir une culture d’innovation et d’amélioration continue, ils doivent être en mesure d’identifier les savoirs essentiels et d’en permettre la diffusion dans l’organisation.